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mardi 23 mars 2021

LE PRINTEMPS DES POETES : LECTURES

LE PRINTEMPS DES POETES : LECTURES

Dans le cadre de l’événement national "Le Printemps des poètes", la médiathèque de Meyzieu est ravie de vous présenter une sélection de poèmes à écouter.









Maurice Carême : J’ai tant de choses à te dire

Poèmes de Maurice Carême, p.139.

J’ai tant de choses à te dire
Que je n’aurai jamais fini
De te parler, de te sourire
Pour essayer d’être compris.

Mais elles s’embuent de mystère
Comme ta voix et ton sourire
Comme tes mains dans la lumière
Les choses que je veux te dire.

Hélas ! J’ai beau faire, beau dire,
Il ne me reste qu’à me taire
Et à laisser parler mon cœur
Avec cette voix familière
Qu’il a pour parler du bonheur
Dès que je cherche à te les dire.


Pablo Neruda : sonnet vingt-cinquième

Quand on n’a que l’amour, Edition Bruno Doucey, p. 17

Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien :
j’hésitai à travers les choses et les rues :
rien ne parlait pour moi et rien n’avait de nom :
le monde appartenait à l’attente de l’air.

Je connus alors les salons couleur de cendre,
je connus des tunnels habités par la lune,
et les hangars cruels où l’on prenait congé,
et sur le sable l’insistance des questions.

Tout n’était plus que vide, et que mort et silence,
chute dans l’abandon et tout était déchu,
inaliénablement tout était aliéné,

tout appartenait aux autres et à personne,
jusqu’à ce que ta beauté et ta pauvreté
ne donnent cet automne empli de leurs cadeaux.


Paul Eluard : La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur

Les quatre saisons d’en sortant de l’école, p. 90.

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d’une couvée d’aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l’innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.


Robert Desnos : J’ai tant rêvé de toi

Les quatre saisons d’en sortant de l’école, p. 36.

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
et de baiser sur cette bouche la naissance
de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
et me gouverne depuis des jours et des années
je deviendrais une ombre sans doute,
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi,
je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement
sur le cadran solaire de ta vie.


Charles Baudelaire : Madrigal Triste

Quelques fleurs du mal, p. 88.

Que m’importe que tu sois sage ?
Sois belle ! et sois triste ! Les pleurs
Ajoutent un charme au visage,
Comme le fleuve au paysage ;
L’orage rajeunit les fleurs.

Je t’aime surtout quand la joie
S’enfuit de ton front terrassé ;
Quand ton cœur dans l’horreur se noie ;
Quand sur ton présent se déploie
Le nuage affreux du passé.

Je t’aime quand ton grand œil verse
Une eau chaude comme le sang ;
Quand, malgré ma main qui te berce,
Ton angoisse, trop lourde, perce
Comme un râle d’agonisant.

J’aspire, volupté divine !
Hymne profond, délicieux !
Tous les sanglots de ta poitrine,
Et crois que ton cœur s’illumine
Des perles que versent tes yeux !


Rabindranath Tagore

Le jardinier d’amour, sonnet XVI p. 51

Nos mains s’enlacent, nos yeux se cherchent. Ainsi commence l’histoire de nos cœurs.
C’est une nuit de mars éclairée par la lune ; l’exquise odeur du henné flotte dans l’air ; ma flûte est à terre abandonnée et ta guirlande de fleurs est inachevée.
Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.
Ton voile couleur de safran enivre mes yeux.
La couronne de jasmin que tu me tresses réjouit mon cœur comme une louange.
C’est un jeu alterné de dons et de refus, d’aveux et de mystères ; de sourires et de timidités, de douces luttes inutiles.
Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.
Nul mystère au-delà du présent ; nulle aspiration vers l’impossible ; pur enchantement ; nul tâtonnement dans la profondeur de l’ombre.
Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.
Nous ne nous égarons pas, hors des paroles, dans le silence éternel. Nous ne tendons pas nos mains vers le néant des espoirs impossibles.
Il nous suffit de donner et de recevoir.
Nous n’avons pas écrasé les grappes de la jouissance jusqu’à en exprimer le vin de la douleur.
Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.

 

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