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Billets pour « Actu »

mardi 11 mai 2021

PRIX SUMMER 2021

PRIX SUMMER 2021


Pour la 3ème année consécutive, le club de lecture de la médiathèque de Meyzieu, Littémania le Club, a participé au prix Summer organisé par la Fête du Livre de Bron. Les membres du club devaient lire les cinq romans pour pouvoir ensuite voter pour leur préféré !



Voici les cinq romans qui étaient en compétition :

Arène de Négar Djavadi

Benjamin Grossman veut croire qu’il a réussi, qu’il appartient au monde de ceux auxquels rien ne peut arriver, lui qui compte parmi les dirigeants de BeCurrent, une de ces fameuses plateformes américaines qui diffusent des séries à des millions d’abonnés. L’imprévu fait pourtant irruption un soir, banalement : son téléphone disparaît dans un bar-tabac de Belleville, au moment où un gamin en survêt le bouscule. Une poursuite s’engage jusqu’au bord du canal Saint-Martin, suivie d’une altercation inutile. Tout pourrait s’arrêter là, mais, le lendemain, une vidéo prise à la dérobée par une lycéenne fait le tour des réseaux sociaux. Sur le quai, les images du corps sans vie de l’adolescent, bousculé par une policière en intervention, sont l’élément déclencheur d’une spirale de violences. Personne n’en sortira indemne, ni Benjamin Grossmann, en prise avec une incertitude grandissante, ni la jeune flic à la discipline exemplaire, ni la voleuse d’images solitaire, ni les jeunes des cités voisines, ni les flics, ni les mères de famille, ni les travailleurs au noir chinois, ni le prédicateur médiatique, ni même la candidate en campagne pour la mairie. Tous captifs de l’arène : Paris, quartiers Est.

Retrouvez Arène dans notre catalogue

Les Nuits d’été de Thomas Flahaut

Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance. A cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies. L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés. L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Suisse. Ces enfants des classes populaires aspiraient à une vie meilleure. Ils se retrouvent dans un monde aseptisé plus violent encore que celui de leurs parents. Là, il n’y a plus d’ouvriers, mais des opérateurs, et les machines brillent d’une étrange beauté.



Retrouvez Les nuits d’été dans notre catalogue
Retrouvez aussi ce livre en version numérique

Héritage de Miguel Bonnefoy

Une prodigieuse saga familiale, pleine de magie et de passion, qui confirme le talent de Miguel Bonnefoy pour mêler les trajectoires intimes à la grande histoire. Des coteaux du Jura jusqu’aux geôles de Pinochet, des tranchées de la Somme jusqu’au ciel britannique déchiré par les Messerschmitt, la famille Lonsonier a traversé le XXe siècle avec fougue, et y a laissé quelques plumes... Mais de Lazare le poilu chilien et de sa dulcinée Thérèse amoureuse des êtres ailés, de Margot l’aviatrice intrépide et d’Ilario Da son fils révolté, on retient surtout l’incoercible force de vie. Ces drôles d’oiseaux migrateurs, pris tour à tour dans l’œil du cyclone, ne cessent de voler vers leur destin, d’un côté à l’autre de l’Atlantique, avec pour tout viatique la légende mystérieuse d’un oncle disparu...


Retrouvez Héritage dans notre catalogue

Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg

C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : Baptiste a des parents parfaits, habite dans une maison parfaite. Sa famille est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui. Flanqué d’une grand-mère à l’accent prononcé, et d’une tante « monstrueuse », notre narrateur rêve, imagine, se raconte des histoires, tente de surpasser la honte sociale et familiale qui le saisit face à son nouvel ami. Il entre dans une zone trouble où le sentiment d’appartenance est ambigu : vers où va, finalement, sa loyauté ?

Retrouvez Un jour ce sera vide dans notre catalogue

Liv Maria de Julia Kerninon, la lauréate du Prix Summer 2021

Liv Maria est la fille d’une insulaire bretonne taiseuse, et d’un norvégien aimant lui raconter les histoires de ses romanciers préférés. Entouré de l’amour de ses parents et de ses oncles elle a vécu sur l’ile natale de sa mère dans un milieu protégé avec une douce quiétude et une certaine liberté jusqu’à « l’événement » qui lui fera quitter le cocon familial. Arrivée à Berlin comme jeune fille au pair, elle va vivre une histoire d’amour forte qui se terminera contre sa volonté. Simultanément un deuil familial l’amènera à voyager, à grandir et à rencontrer un deuxième amour sincère. Mais aura-t-elle le droit ou se donnera-t-elle le droit de le vivre vraiment ?




Retrouvez Liv Maria dans notre catalogue



Julia Kerninon est née en 1987 à Nantes, où elle vit. Elle est docteur ès lettres, spécialiste de littérature américaine. Elle s’est fait remarquer dès son premier roman, Buvard (2014), qui a reçu notamment le prix Françoise Sagan. Trois livres vont suivre aux Éditions du Rouergue, dans lesquels elle affirme son talent et déroule son principal thème de prédilection, la complexité du sentiment amoureux. Elle publie Liv Maria en 2020 aux éditions de L’Iconoclaste.





Découvrez aussi un autre roman de cette autrice disponible à la médiathèque, Le dernier amour d’Attila Kiss

A Budapest, Attila Kiss, 51 ans, travailleur de nuit hongrois, rencontre Theodora Babbenberg, 25 ans, riche héritière viennoise. En racontant la naissance d’un couple, Julia Kerninon déploie les mouvements de l’amour dans ses balbutiements. Car l’amour est aussi un art de la guerre, nous démontre-t-elle avec virtuosité.


Assistez à la rencontre avec Yann Nicol et Julia Kerninon






Le prix Summer 2020 avait été attribué à Anne Pauly pour Avant que j’oublie. Ce roman a aussi été distingué par le Prix du Livre Inter 2020.
Existe aussi en version numérique







Retrouvez notre article Replik sur le Prix Summer 2020

  • Voir en ligne : Lien vers le site du prix Summer
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    mardi 27 avril 2021

    JEAN-CLAUDE MOURLEVAT, "NOBEL DE LITTÉRATURE ENFANTINE"

    JEAN-CLAUDE MOURLEVAT, "NOBEL DE LITTÉRATURE ENFANTINE"

    Le 30 mars dernier, l’auteur français Jean-Claude Moulevat a été récompensé du prestigieux prix suédois Alma 2021 - Astrid Lindgren Memorial Award, la plus importante récompense internationale pour la littérature jeunesse.

    Je suis particulièrement ravie de cette annonce car Jean-Claude Mourlevat est, pour moi, un grand Monsieur, un Grand Magicien du Verbe, un Monstre sacré de la littérature jeunesse française et au-delà !

    Auteur d’une trentaine d’ouvrages depuis la parution de son premier en 1997, l’écrivain de 69 ans est notamment connu pour L’Enfant océan (Pocket jeunesse, 1999), La rivière à l’envers (Pocket jeunesse, 2000), Le Combat d’hiver (Gallimard jeunesse, 2006), Le Chagrin du roi mort (Gallimard jeunesse, 2009) ou plus récemment Jefferson (Gallimard, 2018).

    Sa Biographie

    Né en 1952 à Ambert en Auvergne de parents agriculteurs, il est le cinquième enfant d’une fratrie de six (trois frères et deux sœurs).

    Après des études à Strasbourg, Toulouse, Bonn et Paris, il exerce le métier de professeur d’allemand en collège pendant cinq ans avant de devenir comédien de théâtre. Il est notamment l’auteur et l’interprète du clown muet nommé Guedoulde, dans un spectacle joué plus de mille fois en France et un peu partout dans le monde. Jean-Claude Mourlevat met en scène de nombreuses pièces de Brecht, Cocteau, Shakespeare…

    En 1997, il publie son premier ouvrage, à destination des enfants. Depuis, les livres se sont succédé avec bonheur, plébiscités par les lecteurs, la critique et les prix littéraires.

    Pour la jeunesse, il est l’auteur entre autres de La Rivière à l’envers, L’Enfant Océan, La Balafre, Le Combat d’hiver, Le Chagrin du roi mort, Terrienne, romans dont plusieurs sont couronnés de prix littéraires tels que le prix des Incorruptibles ou le prix Sorcières, qu’il a obtenu plusieurs fois. Il est traduit dans plus de 25 langues.

    Il a aussi publié des romans pour les adultes, Et je danse aussi et Mes amis devenus, qui ont aussi rencontré un grand succès.

    Jean-Claude Mourlevat à Meyzieu !

    Jean-Claude Mourlevat figure parmi les auteurs jeunesse les plus récompensés. Vous avez peut-être eu la chance de le rencontrer à la médiathèque de Meyzieu lors de l’édition du festival Les Oniriques 2019.

    La cérémonie d’ouverture officielle de la quatrième édition du festival Les Oniriques avait été introduite par des extraits de l’opéra La Rivière à l’envers, sous le regard bienveillant de l’écrivain. En effet, les élèves de CM1-CM2 de l’école René Cassin, dans le cadre du projet Voix-ci Voix-là du Conservatoire de musique et d’art dramatique de Meyzieu avaient travaillé sur la mise en voix de cette œuvre. Je me souviens particulièrement de l’émotion et de la satisfaction de l’auteur devant ce beau travail. Quelle belle soirée ce fut pour tous ! Et les plus chanceux d’entre vous ont peut-être pu le rencontrer et échanger avec lui sur tous ses tendres héros de papier : Tomek, Hannah, Jefferson...

    Quelques mots sur le Prix Alma

    Créé par le gouvernement suédois à la mort de la romancière suédoise en 2002, le Astrid Lindgren memorial award (Alma) récompense des auteurs de littérature d’enfance et de jeunesse, des illustrateurs ou encore des institutions de littérature jeunesse. Il est doté de 5 millions de couronnes suédoises (490 000 €), une des plus importantes indemnités littéraires hors prix Nobel.

    Jean-Claude Mourlevat est le premier français à remporter le prix Astrid Lindgren ! Cette célèbre récompense que d’aucuns surnomment le « Nobel de littérature enfantine » couronne son œuvre entamée à la fin des années 1990. Le jury suédois a tenu à célébrer la plume de l’auteur qui « revisite brillamment la tradition du conte de fées en s’ouvrant à la fois à la beauté et à l’adversité. L’espace et le temps sont suspendus dans ses mondes fictifs, et sa prose, précise et onirique, capte les thèmes éternels de l’amour et du désir, de la vulnérabilité et de la guerre ».

    Bibliographie sélective

    La Rivière à l’envers
    La Forêt de l’Oubli, le village des Parfumeurs, l’Île Inexistante... C’est un voyage fabuleux qui va entraîner Tomek et Hannah, deux jeunes orphelins, jusqu’au bout du monde. Trouveront-ils cette rivière qui coule à l’envers et dont l’eau empêche de mourir ? Ou bien autre chose qu’ils ne cherchaient pas ?
    1. Tomek, Pocket Jeunesse, 2000
    2. Hannah, Pocket Jeunesse, 2001




    Le Combat d’Hiver
    Quatre adolescents, évadés de leur orphelinat prison, reprennent la lutte perdue par leurs parents quinze ans plus tôt. Leur combat, hymne grandiose au courage et à la liberté, semble désespéré. Et pourtant...
    Gallimard jeunesse, 2006






    Le Chagrin du roi mort
    Aleks et Brisco, deux frères inséparables, vivent heureux au royaume glacé de Petite Terre. Mais lorsque le vieux roi meurt, la paix de l’île se trouve menacée. Brisco est brutalement enlevé et l’ambitieux Guerolf prend le pouvoir. Les années passent, les deux frères, devenus hommes, sont jetés dans une terrible guerre de conquête sur le Continent. Une bouleversante histoire de fraternité, d’amour et de trahison.
    Gallimard jeunesse, 2009




    Le Garçon qui volait
    Le destin de Tillmann Ostergrimm, quinze ans, bascule un jour de Carnaval : soudain, il s’élève dans les airs... Cet extravagant pouvoir va causer son malheur ; le voilà bientôt kidnappé et contraint de se produire chaque soir dans le cirque de l’ignoble Draken. Avec ses amis Lucia, la plus petite femme du monde, le colosse Mangetout et Dimitri, le calculateur prodige, Tillmann a bien l’intention de s’évader.
    Gallimard jeunesse, 2012




    Terrienne
    Tout commence sur une route de campagne... Après avoir reçu un message de sa sœur, disparue depuis un an, Anne se lance à sa recherche et passe de « l’autre côté ». Elle se retrouve dans un monde parallèle, un ailleurs dépourvu d’humanité, mais où elle rencontrera cependant des alliés inoubliables. La dystopie selon Jean-Claude Mourlevat. Vous ne respirerez plus jamais de la même manière.
    Gallimard jeunesse, 2013




    Les Trois caramels capitaux
    Il a mené une belle vie, simple et honnête, sans tâche. Aussi lorsqu’il meurt, la première fois, il est sûr d’avoir gagné son paradis. Oui, mais Saint-Pierre n’est pas de cet avis : il n’a pas oublié les trois caramels mous volés à l’âge de sept ans et demi...
    Thierry Magnier, 2015






    Jefferson
    Une histoire qui ne manque pas de piquant. En ce radieux matin d’automne, le hérisson Jefferson décide d’aller chez son coiffeur se faire rafraîchir la houppette. Comment pourrait-il imaginer, alors qu’il arrive plein d’entrain au salon Défini-Tif, que sa vie est sur le point de basculer ? Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, le brave Jefferson, 72 cm de frousse et de courage, est jeté dans une aventure qui le mènera, pour le meilleur et pour le pire, au pays des êtres humains. Dans un polar haletant, parfois féroce, mais où dominent la tendresse, l’amitié et le bonheur de vivre, Jean-Claude Mourlevat aborde de façon inédite la question de notre rapport aux animaux.
    Prix Jeunesse Quais du Polar 2019
    Prix des incorruptibles 2020
    Gallimard jeunesse, 2018




    Et je danse aussi
    Coécrit avec Anne Laure Bondoux
    Pierre-Marie est un écrivain en panne d’inspiration. Adeline est une fervente lectrice qui a beaucoup de choses à lui dire. Leur rencontre par mots interposés va changer leur vie et les révéler à eux-mêmes.
    Retiré dans la Drome et esseulé depuis le départ inexpliqué de son épouse, Pierre-Marie reçoit un jour une épaisse enveloppe contenant un manuscrit envoyé par l’une de ses lectrices, Adeline. Sans ouvrir le pli, il lui répond. Une correspondance s’engage, en cette année 2013, qui durera huit mois, de février à octobre. Au fil de leurs échanges, un lien intime s’établit. Ils composent librement, avec leur réalité, leur personnalité, leurs zones d’ombre. Ils s’inventent une vie. Car la leur s’est arrêtée quelques années plus tôt. Pierre-Marie et Adeline ont en effet une histoire en commun, mais qui ne leur appartient pas, et dont Pierre-Marie ne sait rien encore. Le mystère reste prisonnier de l’enveloppe expédiée par Adeline. Plus les lettres se précisent, plus elles effleurent la vérité qui dort dans ces pages... et des personnages depuis longtemps oubliés reprennent vie et entrent dans la danse.
    Pocket, 2016

    Bonus !

    Une vidéo de Jean-Claude Mourlevat qui répond à la question : quel est le livre qui a changé votre vie ?

    Une interview de Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux pour le livre Et je danse aussi

    Bonne lecture !

    Irène

  • Voir en ligne : Le site Internet de Jean-Claude Mourlevat
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    mardi 23 mars 2021

    LE PRINTEMPS DES POETES : LECTURES

    LE PRINTEMPS DES POETES : LECTURES

    Dans le cadre de l’événement national "Le Printemps des poètes", la médiathèque de Meyzieu est ravie de vous présenter une sélection de poèmes à écouter.









    Maurice Carême : J’ai tant de choses à te dire

    Poèmes de Maurice Carême, p.139.

    J’ai tant de choses à te dire
    Que je n’aurai jamais fini
    De te parler, de te sourire
    Pour essayer d’être compris.

    Mais elles s’embuent de mystère
    Comme ta voix et ton sourire
    Comme tes mains dans la lumière
    Les choses que je veux te dire.

    Hélas ! J’ai beau faire, beau dire,
    Il ne me reste qu’à me taire
    Et à laisser parler mon cœur
    Avec cette voix familière
    Qu’il a pour parler du bonheur
    Dès que je cherche à te les dire.


    Pablo Neruda : sonnet vingt-cinquième

    Quand on n’a que l’amour, Edition Bruno Doucey, p. 17

    Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien :
    j’hésitai à travers les choses et les rues :
    rien ne parlait pour moi et rien n’avait de nom :
    le monde appartenait à l’attente de l’air.

    Je connus alors les salons couleur de cendre,
    je connus des tunnels habités par la lune,
    et les hangars cruels où l’on prenait congé,
    et sur le sable l’insistance des questions.

    Tout n’était plus que vide, et que mort et silence,
    chute dans l’abandon et tout était déchu,
    inaliénablement tout était aliéné,

    tout appartenait aux autres et à personne,
    jusqu’à ce que ta beauté et ta pauvreté
    ne donnent cet automne empli de leurs cadeaux.


    Paul Eluard : La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur

    Les quatre saisons d’en sortant de l’école, p. 90.

    La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
    Un rond de danse et de douceur,
    Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
    Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
    C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

    Feuilles de jour et mousse de rosée,
    Roseaux du vent, sourires parfumés,
    Ailes couvrant le monde de lumière,
    Bateaux chargés du ciel et de la mer,
    Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

    Parfums éclos d’une couvée d’aurores
    Qui gît toujours sur la paille des astres,
    Comme le jour dépend de l’innocence
    Le monde entier dépend de tes yeux purs
    Et tout mon sang coule dans leurs regards.


    Robert Desnos : J’ai tant rêvé de toi

    Les quatre saisons d’en sortant de l’école, p. 36.

    J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
    Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
    et de baiser sur cette bouche la naissance
    de la voix qui m’est chère ?
    J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
    à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
    au contour de ton corps, peut-être.
    Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
    et me gouverne depuis des jours et des années
    je deviendrais une ombre sans doute,
    Ô balances sentimentales.
    J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
    Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
    et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi,
    je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
    et le premier front venu.
    J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
    qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
    qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
    que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement
    sur le cadran solaire de ta vie.


    Charles Baudelaire : Madrigal Triste

    Quelques fleurs du mal, p. 88.

    Que m’importe que tu sois sage ?
    Sois belle ! et sois triste ! Les pleurs
    Ajoutent un charme au visage,
    Comme le fleuve au paysage ;
    L’orage rajeunit les fleurs.

    Je t’aime surtout quand la joie
    S’enfuit de ton front terrassé ;
    Quand ton cœur dans l’horreur se noie ;
    Quand sur ton présent se déploie
    Le nuage affreux du passé.

    Je t’aime quand ton grand œil verse
    Une eau chaude comme le sang ;
    Quand, malgré ma main qui te berce,
    Ton angoisse, trop lourde, perce
    Comme un râle d’agonisant.

    J’aspire, volupté divine !
    Hymne profond, délicieux !
    Tous les sanglots de ta poitrine,
    Et crois que ton cœur s’illumine
    Des perles que versent tes yeux !


    Rabindranath Tagore

    Le jardinier d’amour, sonnet XVI p. 51

    Nos mains s’enlacent, nos yeux se cherchent. Ainsi commence l’histoire de nos cœurs.
    C’est une nuit de mars éclairée par la lune ; l’exquise odeur du henné flotte dans l’air ; ma flûte est à terre abandonnée et ta guirlande de fleurs est inachevée.
    Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.
    Ton voile couleur de safran enivre mes yeux.
    La couronne de jasmin que tu me tresses réjouit mon cœur comme une louange.
    C’est un jeu alterné de dons et de refus, d’aveux et de mystères ; de sourires et de timidités, de douces luttes inutiles.
    Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.
    Nul mystère au-delà du présent ; nulle aspiration vers l’impossible ; pur enchantement ; nul tâtonnement dans la profondeur de l’ombre.
    Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.
    Nous ne nous égarons pas, hors des paroles, dans le silence éternel. Nous ne tendons pas nos mains vers le néant des espoirs impossibles.
    Il nous suffit de donner et de recevoir.
    Nous n’avons pas écrasé les grappes de la jouissance jusqu’à en exprimer le vin de la douleur.
    Cet amour entre toi et moi est simple comme une chanson.

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